Le Mexique a décroché des États-Unis : 0,56 % contre 2,16 %
En trois ans, le Mexique est passé d'une croissance supérieure à celle de son voisin à un écart de 1,6 point. Ses comptes extérieurs n'annoncent rien : c'est la production qui manque.
Le Mexique a crû de 0,56 % en 2025. Hors l’année de pandémie, il faut remonter à 2019 et son −0,39 % pour trouver un exercice aussi faible. Les États-Unis, sur la même période, ont fait 2,16 %. L’écart entre les deux voisins est de 1,6 point, alors que l’économie mexicaine dépend des commandes américaines plus que de toute autre variable.
Ce décrochage est récent. En 2023, le Mexique faisait 3,11 % contre 2,93 % pour son voisin du nord : il croissait plus vite. En 2024, il retombait à 1,35 % contre 2,79 %. En 2025, l’écart double encore. Trois années suffisent pour passer d’un pays qui rattrape à un pays qui décroche.
Une économie ouverte qui ne profite plus de son ouverture
Les exportations mexicaines pèsent 39,65 % du produit intérieur brut en 2025. C’est un degré d’ouverture supérieur à celui du Canada (31,33 %) et sans commune mesure avec celui des États-Unis, dont les exportations ne représentaient que 10,97 % de la richesse produite en 2024, dernière année publiée. Dans un ensemble aussi intégré, la mécanique attendue est simple : quand la demande américaine tient, le Mexique en capte une part.
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Elle n’a pas fonctionné en 2025. La demande américaine a tenu, sans que l’industrie mexicaine en tire le bénéfice habituel. Deux explications se disputent la place. La première tient à l’investissement : le relocalisation d’ateliers vers le Mexique, annoncée depuis 2022, produit moins d’emplois et de valeur ajoutée que les annonces ne le laissaient prévoir. La seconde tient à l’incertitude commerciale, qui gèle les décisions d’implantation sans jamais apparaître dans une statistique.
Le peso ne signale pas de crise : l’euro valait 19,7632 pesos le 25 août 2026. L’inflation mexicaine, à 3,81 % en 2025, reste supérieure de 1,7 point à celle du Canada (2,07 %), sans dérapage. Le déficit courant est contenu à −0,45 % du produit intérieur brut. Rien dans les comptes extérieurs n’annonce une rupture ; c’est bien la production qui manque.
Le déficit américain reste le contrepoint
Les États-Unis affichent un déficit courant de 3,63 % du produit intérieur brut en 2025. Sur une économie de 30 770 milliards de dollars, cela représente environ 1 117 milliards que le reste du monde finance chaque année. Le chiffre absolu n’a pas d’équivalent historique. Rapporté à la taille de l’économie américaine, il reste dans la fourchette des vingt dernières années.
Ce déficit est la contrepartie exacte des excédents asiatiques évoqués par ailleurs. Il est aussi la raison pour laquelle un ralentissement américain se transmet immédiatement à Monterrey, à Shenzhen et à Ho Chi Minh-Ville. Le produit intérieur brut par habitant américain atteint 90 026 dollars en 2025, contre 55 697 au Canada et 13 889 au Mexique. Un rapport de un à six et demi entre les deux extrémités d’un même espace commercial.
Le Canada, entre les deux
Avec 1,74 % de croissance en 2025 après 2,05 % en 2024, le Canada ralentit sans décrocher. Son déficit courant, à −0,95 % du PIB, est le plus faible des trois. Son inflation, 2,07 %, est aussi la mieux tenue. Le pays paie sa dépendance aux matières premières par une volatilité qu’aucune politique monétaire ne corrige, mais il n’a pas le problème mexicain : sa croissance n’a pas cessé de suivre celle de son client principal.
Ce qui tranchera
La série mexicaine 2026 est celle qui compte. Un rebond au-dessus de 1,5 % validerait la thèse du trou d’air. Une deuxième année sous 1 % signifierait que le pari de la relocalisation a échoué à produire de la croissance, et il faudra alors expliquer où sont passés les investissements annoncés. La donnée d’inflation américaine 2025 n’était pas encore publiée dans la série de la Banque mondiale au 26 août 2026 ; nous mettrons cet article à jour lorsqu’elle le sera.
Sources. Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde, mise à jour du 13 juillet 2026 : croissance du PIB (NY.GDP.MKTP.KD.ZG), inflation (FP.CPI.TOTL.ZG), exportations en pourcentage du PIB (NE.EXP.GNFS.ZS), solde courant (BN.CAB.XOKA.GD.ZS), PIB par habitant (NY.GDP.PCAP.CD), PIB courant (NY.GDP.MKTP.CD). Taux de change : Banque centrale européenne, série EXR quotidienne, observation du 25 août 2026. Le déficit courant américain en dollars est un calcul de la rédaction à partir du PIB et du ratio publiés. États-Unis : exportations rapportées au PIB, dernière année publiée 2024 ; inflation 2025 non publiée à la date de parution, dernière valeur 2024 à 2,95 %. Données 2025 provisoires.
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