Trois ans que l’Allemagne ne croît plus, et son excédent courant n’a pas bougé
0,24 % de croissance en 2025 après deux exercices négatifs, et un excédent extérieur qui tient à 4,51 % du PIB. Ce que cette combinaison dit de la demande intérieure allemande, et de l'écart de prix que la BCE doit désormais arbitrer.
L’économie allemande a progressé de 0,24 % en 2025. C’est mieux que les deux exercices précédents, qui étaient négatifs : −0,87 % en 2023, −0,50 % en 2024. Sur trois ans cumulés, l’Allemagne a perdu environ un point de produit intérieur brut. Aucune autre grande économie de l’Union n’affiche un cumul négatif sur la même période.
Pendant le même intervalle, l’Espagne a fait 2,46 %, puis 3,46 %, puis 2,82 %. La Pologne termine 2025 à 3,57 %. La moyenne de l’Union à vingt-sept ressort à 1,54 %. L’écart entre Madrid et Berlin dépasse deux points et demi pour la troisième année consécutive.
Un excédent qui n’a pas suivi la production
Le point qui mérite qu’on s’y arrête n’est pas la stagnation, largement commentée. C’est ce qui ne bouge pas à côté. Le solde des transactions courantes allemand s’établit à 4,51 % du produit intérieur brut en 2025. L’excédent extérieur tient, alors que l’appareil productif tourne au ralenti.
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Un excédent courant élevé signifie qu’un pays vend au reste du monde plus qu’il ne lui achète, et place la différence à l’étranger. Quand il s’accompagne d’une forte croissance, on parle de compétitivité. Quand il coexiste avec une croissance nulle, il décrit autre chose : une demande intérieure qui ne prend pas le relais. L’épargne allemande continue de partir ailleurs pendant que l’investissement domestique reste faible.
Le marché du travail complique encore la lecture. Le chômage allemand est à 3,71 % en 2025, le plus bas des dix pays européens que nous suivons, à l’exception de la Pologne (2,98 %). L’Espagne, qui croît quatre fois plus vite, affiche 10,38 %. Une économie qui ne produit pas davantage tout en gardant ses salariés voit sa productivité par tête reculer. C’est mécanique, et c’est ce qui rend le diagnostic « conjoncturel » de moins en moins tenable après trois ans.
L’inflation ne raconte plus la même histoire selon les capitales
La zone euro est censée partager une politique monétaire. Les prix, eux, ne partagent plus grand-chose. La France termine 2025 à 0,94 % d’inflation, l’Italie à 1,53 %, l’Allemagne à 2,17 %, l’Espagne à 2,70 %, les Pays-Bas à 3,26 %. Un écart de deux points et demi entre les deux extrémités, pour un taux directeur unique.
Hors de la monnaie unique, les chiffres s’écartent davantage encore : la Suède à 0,68 %, la Pologne à 3,81 %, le Royaume-Uni à 3,88 %, la Roumanie à 7,19 %. Ces pays ont leur propre banque centrale, ce qui règle la question chez eux. Elle reste entière pour les vingt qui n’en ont plus.
La Roumanie constitue le cas extrême, et il est peu regardé. Croissance 2025 : 0,68 %. Inflation : 7,19 %. Déficit courant : −7,90 % du produit intérieur brut. Les trois chiffres pris ensemble décrivent une économie qui importe son inflation et la finance à crédit extérieur. Aucun des grands agrégats européens ne le laisse voir, parce que la Roumanie pèse 428 milliards de dollars contre 21 243 milliards pour l’Union entière.
Ce que ça change pour la Banque centrale européenne
Une banque centrale qui fixe un taux unique pour une zone où les prix vont de 0,94 % à 3,26 % ne peut pas convenir aux deux extrémités. Le taux calibré sur la moyenne de la zone euro est trop serré pour la France, qui termine 2025 à 0,94 % d’inflation et 0,84 % de croissance, trop lâche pour les Pays-Bas. Cette tension n’est pas nouvelle. Ce qui l’est, c’est qu’elle s’ajoute à une divergence de croissance qui dure depuis trois exercices et dont le pays le plus lourd de la zone est le point bas.
L’euro s’échangeait à 1,1662 dollar le 25 août 2026, contre 1,1699 le 21 août. La monnaie n’est pas le sujet du moment. La question posée aux vingt-sept est plus ancienne et plus lourde : ce que fait un ensemble monétaire quand son économie la plus grosse cesse d’être son moteur, et que celles qui prennent le relais sont aussi celles dont les prix dérivent.
À surveiller
Trois séries diront si 2026 confirme ou casse le schéma. Le solde courant allemand d’abord : s’il commence à s’éroder, c’est que la demande intérieure repart, et la stagnation était bien conjoncturelle. Le chômage espagnol ensuite, qui reste le point faible d’une croissance par ailleurs solide. Le déficit courant roumain enfin, parce qu’un pays qui creuse à ce rythme finit par devoir arbitrer entre sa croissance et sa monnaie.
Sources. Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde, série mise à jour le 13 juillet 2026 : croissance du PIB (NY.GDP.MKTP.KD.ZG), inflation des prix à la consommation (FP.CPI.TOTL.ZG), chômage (SL.UEM.TOTL.ZS), solde des transactions courantes en pourcentage du PIB (BN.CAB.XOKA.GD.ZS), PIB courant en dollars (NY.GDP.MKTP.CD). Taux de change : Banque centrale européenne, série de référence quotidienne EXR.D.USD.EUR.SP00.A. Les valeurs 2025 sont les dernières observations publiées à la date du 26 août 2026 et restent susceptibles de révision.
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