L’Arabie saoudite finance sa diversification à découvert
Déficit courant de 2,56 % du PIB chez un exportateur de brut, quand le Koweït dégage 22,70 % d'excédent. La croissance saoudienne de 2025 est en partie de la dépense ; celle de ses voisins est de l'encaissement.
L’Arabie saoudite a enregistré un déficit des transactions courantes de 2,56 % de son produit intérieur brut en 2025. Pour un pays qui exporte du pétrole, c’est une ligne inhabituelle. Ses voisins du Golfe se trouvent tous de l’autre côté : le Koweït dégage un excédent de 22,70 % du PIB, le Qatar de 14,81 %, les Émirats arabes unis de 14,48 % (2024).
Le royaume croît pourtant vite. Sa progression 2025 atteint 4,50 %, la plus forte des huit économies de la région dont la Banque mondiale a publié l’exercice, devant Bahreïn (3,48 %) et Israël (2,93 %). L’inflation reste à 2,08 %. Les Émirats arabes unis, dernier chiffre disponible pour 2024, étaient à 3,99 %.
Une diversification payée à découvert
Un déficit courant chez un exportateur d’hydrocarbures signifie une chose précise : les dépenses d’investissement dépassent ce que la vente du brut rapporte. L’Arabie saoudite finance des chantiers industriels, touristiques et urbains dont le retour est attendu à dix ou quinze ans, avec des recettes pétrolières qui, elles, arrivent aujourd’hui. La différence se comble par la dette et par les cessions d’actifs.
Vous lisez la suite le mardi
Ce genre de mesure, on en publie une par semaine dans la lettre : ce qu'on a testé, ce que ça a coûté, ce qu'on a arrêté. Quatre minutes, le mardi matin.
En validant, vous acceptez de recevoir la lettre. Désinscription en bas de chaque envoi.
C’est un arbitrage assumé, pas un accident. Il devient un problème dans un cas de figure : si le baril baisse durablement avant que les nouveaux secteurs produisent des recettes. Le pays dispose de réserves et d’un accès aux marchés obligataires qui rendent l’échéance lointaine. Il n’en reste pas moins que la croissance saoudienne de 2025 est en partie de la dépense, et que celle du Koweït ou du Qatar est de l’encaissement.
La part de la rente pétrolière dans le produit intérieur brut donne la mesure du chemin restant. Dernière année publiée par la Banque mondiale : 2021. L’Arabie saoudite y était à 23,69 %, le Koweït à 27,58 % (2020), Oman à 23,54 %, les Émirats à 15,67 %, le Qatar à 15,28 %, Bahreïn à 10,94 %. La série n’a pas été actualisée depuis, ce qui complique toute affirmation sur l’avancement réel de la diversification. Nous nous en tenons donc à ce que les comptes extérieurs montrent.
L’Irak est la seule économie de la région à se contracter
Le produit intérieur brut irakien a reculé de 2,16 % en 2025. C’est la seule contraction parmi les huit exercices 2025 publiés dans la région, et elle intervient dans l’économie la plus dépendante du brut de tout l’ensemble : 42,79 % du PIB en rente pétrolière en 2021, presque le double du niveau saoudien.
Le pays produit 5 410 dollars par habitant. Israël, à l’autre extrémité de la région, en produit 60 337, soit onze fois plus, avec une rente pétrolière statistiquement nulle et une croissance de 2,93 % en 2025. La Jordanie, sans hydrocarbures elle non plus, fait 2,83 % avec un déficit courant de 5,33 % du PIB (2024).
Ces trois trajectoires rappellent que « Moyen-Orient » ne désigne pas un ensemble économique. Il y a des rentiers en excédent, un rentier en récession, et des économies sans ressources dont la croissance dépend de tout autre chose.
Les prix ne posent problème nulle part
Bahreïn termine 2025 en déflation légère, à −0,14 %. Oman est à 0,97 %, les Émirats à 1,25 %, la Jordanie à 1,77 %, le Koweït à 2,36 %, Israël à 3,04 %. L’Irak affiche 0,30 % malgré sa récession. Aucun des pays dont le chiffre 2025 est publié ne connaît de dérive des prix, ce qui distingue nettement le Moyen-Orient de l’Afrique subsaharienne ou de l’Amérique latine.
Cette stabilité tient aux régimes de change : la plupart des monnaies du Golfe sont arrimées au dollar. Elles importent donc la politique monétaire américaine, avec ce que cela comporte de rigidité quand le cycle local diverge de celui des États-Unis.
La ligne à suivre
Le solde courant saoudien de 2026 tranchera. S’il se creuse au-delà de 4 % du PIB, la diversification devient un pari financier à part entière, avec un calendrier de remboursement à surveiller. S’il revient à l’équilibre, c’est que les recettes hors pétrole ont commencé à compter. Nous regarderons aussi si la Banque mondiale reprend la publication des rentes pétrolières : sans cette série, personne ne peut vérifier l’avancement annoncé.
Sources. Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde, mise à jour du 13 juillet 2026 : croissance du PIB (NY.GDP.MKTP.KD.ZG), inflation (FP.CPI.TOTL.ZG), solde des transactions courantes en pourcentage du PIB (BN.CAB.XOKA.GD.ZS), rente pétrolière en pourcentage du PIB (NY.GDP.PETR.RT.ZS, dernière année disponible 2021, 2020 pour le Koweït), PIB par habitant (NY.GDP.PCAP.CD). Émirats arabes unis : dernière croissance publiée pour 2024. Jordanie, Oman, Bahreïn : solde courant 2024. Données 2025 provisoires.
La lettre du mardi
Trois notes courtes, une mesure datée, un lien qui vaut le clic. Quatre minutes de lecture, le mardi matin. Rien d'autre dans votre boîte.
En validant, vous acceptez de recevoir la lettre. Désinscription en bas de chaque envoi.