L’Argentine repasse au-dessus de 4 %, mais sa dernière inflation publiée reste à 219 %
La série de prix 2025 manque, ce qui interdit de dire si le revenu réel a monté. Les capitaux, eux, ont tranché : 0,46 % du PIB en investissements directs, contre 4,06 % au Chili.
L’Argentine a crû de 4,37 % en 2025. C’est sa meilleure année depuis 2022, après deux exercices en recul : −1,86 % en 2023, −1,34 % en 2024. La sortie de récession est nette, elle est mesurée, et elle ne dit à peu près rien de ce que vivent les ménages argentins.
Parce qu’à côté de ce chiffre, la dernière inflation annuelle publiée par la Banque mondiale pour l’Argentine reste celle de 2024 : 219,88 %. La série 2025 n’était pas disponible au 26 août 2026. On dispose donc d’un pays dont on connaît la croissance de l’an dernier mais pas la hausse des prix, ce qui interdit de dire si le revenu réel a monté ou baissé.
Un rebond sans thermomètre
Le décalage n’a rien d’anodin. Une croissance de 4,4 % dans une économie où les prix ont plus que doublé l’année précédente ne se compare pas à une croissance de 4,4 % au Chili. La première peut coexister avec un appauvrissement massif, la seconde non. Tant que la série de prix manque, tout commentaire sur « le retour de l’Argentine » repose sur un seul des deux chiffres nécessaires.
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Un indicateur donne malgré tout une indication sur ce que pensent les capitaux extérieurs. Les investissements directs étrangers entrants représentent 0,46 % du produit intérieur brut argentin en 2025. Au Chili, ils pèsent 4,06 %, presque neuf fois plus. Au Brésil, 3,41 %. Au Pérou, 3,09 %. En Colombie, 2,53 %. Ceux qui engagent de l’argent à dix ans en Amérique latine ne le mettent pas à Buenos Aires, et le rebond de croissance de 2025 ne les a pas fait changer d’avis.
Le Pérou est le seul excédentaire de la région
Le solde des transactions courantes péruvien affiche +3,58 % du produit intérieur brut en 2025. Aucun autre pays d’Amérique latine que nous suivons n’est en excédent : le Brésil est à −2,93 %, la Colombie à −2,38 %, l’Argentine à −1,11 %, le Chili à −1,22 %, le Mexique à −0,45 %.
Cet excédent tient aux exportations minières, cuivre en tête, et à une demande intérieure qui n’absorbe pas les recettes. L’inflation péruvienne suit la même logique de sagesse : 1,53 % en 2025, le niveau le plus bas de la région, très en dessous du Chili (4,21 %), de la Colombie (5,14 %) et du Brésil (5,02 %). La croissance, elle, atteint 3,43 %, deuxième performance derrière l’Argentine.
La contrepartie est connue de tous ceux qui ont déjà regardé une économie de matières premières : le solde extérieur suit le cours du métal, pas la compétitivité du pays. Un excédent de 3,58 % construit sur le cuivre est une rente, pas un acquis. Il disparaîtra le jour où le cours cédera, sans qu’aucune décision prise à Lima n’y soit pour quelque chose.
Le Brésil paie ses taux
Avec 2,29 % de croissance en 2025, le Brésil ralentit après trois années au-dessus de 3 % : 3,02 % en 2022, 3,24 % en 2023, 3,42 % en 2024. Son inflation, à 5,02 %, est repartie à la hausse après 4,37 % l’année précédente, ce qui contraint la banque centrale à maintenir des taux élevés dans une économie où le crédit aux entreprises se négocie déjà cher.
Le déficit courant, à 2,93 % du PIB, est le plus creusé des six pays observés. Il se finance sans difficulté tant que le réal tient et que les investisseurs achètent la dette locale. L’euro s’échangeait à 6,0153 réaux le 25 août 2026. Le Brésil n’a pas de problème de financement aujourd’hui ; il a un problème d’arbitrage entre des taux qui contiennent les prix et une croissance qu’ils étouffent.
La Colombie et le Chili, mêmes ordres de grandeur, mémoires différentes
La Colombie fait 2,64 % de croissance avec 5,14 % d’inflation. Le Chili, 2,46 % avec 4,21 %. Les chiffres se ressemblent, et pourtant les deux pays ne sortent pas du même endroit. La Colombie revient de 0,84 % en 2023 et 1,49 % en 2024, après un pic à 10,80 % en 2021 ; sa trajectoire est heurtée. Le Chili enchaîne 0,68 %, 2,81 % puis 2,46 % : plus lent, plus régulier.
L’écart d’investissement étranger, 4,06 % du PIB contre 2,53 %, dit le reste. Le Chili conserve dans la région le statut de destination par défaut des capitaux, hérité d’une stabilité institutionnelle qui a survécu à plusieurs cycles politiques mouvementés. C’est un actif qui n’apparaît dans aucun indicateur de croissance et qui pèse, sur dix ans, plus lourd qu’un point de PIB annuel.
Ce que nous attendons
La publication de l’inflation argentine 2025 dans la série de la Banque mondiale. C’est la donnée qui manque pour dire ce que vaut le rebond, et nous mettrons cet article à jour lorsqu’elle paraîtra. En attendant, un pays dont on ne connaît pas les prix est un pays dont on ne connaît pas la croissance réelle.
Sources. Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde, mise à jour du 13 juillet 2026 : croissance du PIB (NY.GDP.MKTP.KD.ZG), inflation (FP.CPI.TOTL.ZG), solde des transactions courantes en pourcentage du PIB (BN.CAB.XOKA.GD.ZS), investissements directs étrangers entrants en pourcentage du PIB (BX.KLT.DINV.WD.GD.ZS). Inflation argentine : dernière année publiée 2024. Taux de change : Banque centrale européenne, série EXR quotidienne, observation du 25 août 2026. Données 2025 provisoires.
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