La Chine a passé trois ans sans inflation, et le reste de l’Asie en paie le prix
0,23 % puis 0,22 % puis 0,06 % : la Chine croît de près de 5 % sans que les prix bougent. L'excédent de production part à l'exportation, et la Thaïlande termine 2025 en déflation.
La Chine a enregistré 0,06 % d’inflation en 2025. Pas une baisse des prix, pas une hausse non plus : rien. Ce n’est pas un accident d’une année. La série donne 0,23 % en 2023, puis 0,22 % en 2024, puis 0,06 % en 2025. Trois exercices consécutifs sous 0,3 %, dans une économie qui a pourtant progressé de 4,96 % l’an dernier.
Cette combinaison est rare. Une croissance proche de 5 % s’accompagne normalement d’une pression sur les prix, parce que l’activité tire les salaires et les matières premières. Ici, l’offre absorbe tout. Les capacités de production installées dépassent ce que la demande intérieure chinoise peut consommer, et l’excédent part à l’exportation.
Le mécanisme, en deux chiffres
Les exportations de biens et services représentent 21,07 % du produit intérieur brut chinois en 2025. Le solde courant est excédentaire de 3,77 % du PIB. Sur une économie de 19 498 milliards de dollars, cet excédent pèse environ 735 milliards. C’est la production qui n’a pas trouvé preneur à l’intérieur et qui a été vendue ailleurs, à des prix que l’absence d’inflation domestique permet de tenir bas.
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Le résultat se lit chez les voisins. La Thaïlande termine 2025 en déflation, à −0,13 %, après 0,40 % en 2024 et 1,23 % en 2023. Sa croissance plafonne à 2,44 %. La Malaisie est à 1,38 % d’inflation, l’Indonésie à 1,91 %, les Philippines à 1,66 %. Aucun de ces pays n’a de problème de demande interne comparable à celui de la Chine. Ils partagent en revanche des marchés où les produits chinois arrivent moins chers d’année en année.
Le Vietnam joue une autre partie
Avec 8,02 % de croissance en 2025, le Vietnam signe la meilleure performance de la région, devant l’Inde (7,57 %). Le chiffre qui explique la trajectoire est ailleurs : les exportations vietnamiennes valent 98,24 % du produit intérieur brut. Presque l’équivalent de tout ce que le pays produit passe par la frontière, une fois compté ce qui entre pour être transformé.
Un tel niveau d’ouverture est un pari. Il donne des taux de croissance que peu d’économies atteignent, et il rend le pays dépendant du carnet de commandes de ses clients. Le Vietnam a bâti sa décennie sur le déplacement d’ateliers hors de Chine. Il vit désormais de flux qu’une décision commerciale prise à Washington ou à Bruxelles peut redessiner en un trimestre.
Le Japon fait l’inverse de la Chine
Sur l’archipel, l’inflation 2025 s’établit à 3,17 %, pour une croissance de 1,19 %. Le Japon a passé vingt ans à chercher des prix qui montent ; il les a désormais, et la production ne suit pas. Le solde courant reste largement excédentaire, à 4,86 % du PIB, ce qui tient au rendement des actifs détenus à l’étranger davantage qu’aux ventes de marchandises. L’euro valait 185,70 yens le 25 août 2026.
La Corée du Sud est le troisième cas de figure : 1,01 % de croissance en 2025, contre 2,00 % l’année précédente, avec un excédent courant de 6,57 % du PIB et des exportations à 45,76 % de la richesse produite. Une économie très exposée qui ralentit alors que ses clients ne ralentissent pas, cela se lit comme une perte de parts de marché plutôt que comme un cycle.
Ce que nous surveillons
L’inflation chinoise 2026 est la série la plus importante de la région. Si elle repasse durablement au-dessus de 1 %, cela signifiera que la demande intérieure a été relancée pour de bon, et la pression sur les prix asiatiques se relâchera. Si elle reste collée à zéro pour une quatrième année, le problème cesse d’être conjoncturel et devient une donnée structurelle avec laquelle Bangkok, Kuala Lumpur et Jakarta devront composer.
Le second point de vigilance est le Bangladesh, à 8,77 % d’inflation en 2025 après 10,47 % en 2024, avec une croissance retombée à 3,49 %. Le pays sort du schéma régional, et pas par le haut.
Sources. Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde, mise à jour du 13 juillet 2026 : croissance du PIB (NY.GDP.MKTP.KD.ZG), inflation (FP.CPI.TOTL.ZG), exportations de biens et services en pourcentage du PIB (NE.EXP.GNFS.ZS), solde des transactions courantes (BN.CAB.XOKA.GD.ZS), PIB courant en dollars (NY.GDP.MKTP.CD). Taux de change : Banque centrale européenne, série EXR quotidienne, observation du 25 août 2026. L’excédent courant chinois en dollars est un calcul de la rédaction à partir du PIB et du ratio publiés. Données 2025 provisoires, sujettes à révision.
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