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Afrique··4 min

Deux Afriques monétaires : 0,13 % d’inflation en Côte d’Ivoire, 23 % au Nigeria

L'ancrage monétaire achète la stabilité des prix sans donner la croissance, et l'inverse est vrai aussi. Avec, au passage, les 41,5 milliards de dollars d'envois de fonds reçus par l'Égypte.

Deux pays d’Afrique de l’Ouest, voisins, ont terminé 2025 avec des situations de prix qui n’ont rien de comparable. La Côte d’Ivoire affiche 0,13 % d’inflation. Le Nigeria, 23,01 %. Ce ne sont pas deux conjonctures différentes : ce sont deux régimes monétaires différents, et l’écart entre eux structure la lecture de tout le continent.

Le premier groupe rassemble les économies dont la monnaie est arrimée à une devise extérieure ou étroitement gérée. Côte d’Ivoire : 0,13 %. Maroc : 0,70 %. Sénégal : 1,46 %. Le second réunit celles qui laissent flotter, ou qui ont dû dévaluer : Nigeria à 23,01 %, Angola à 20,16 %, Ghana à 14,20 %, Égypte à 14,07 %, Éthiopie à 13,23 %.

L’ancrage achète la stabilité, il ne donne pas la croissance

Le raccourci consisterait à conclure que l’ancrage vaut mieux. Les chiffres de croissance interdisent cette conclusion. L’Éthiopie, avec ses 13,23 % d’inflation, enregistre 9,77 % de croissance en 2025, la plus forte des douze économies africaines que nous suivons. Le Ghana fait 5,95 % avec 14,20 % d’inflation. Le Nigeria, 4,01 % avec 23 %.

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De l’autre côté, le Sénégal (6,68 %) et la Côte d’Ivoire (6,50 %) tiennent des rythmes comparables sans la facture sur les prix. Le Maroc atteint 4,60 %. L’ancrage n’empêche donc pas de croître vite. Ce qu’il coûte est moins visible : il retire à la banque centrale sa capacité à ajuster, et il transfère l’ajustement sur l’emploi et les réserves de change quand le choc vient de l’extérieur.

Le contre-exemple qui devrait faire réfléchir se trouve au sud. L’Afrique du Sud combine la stabilité des prix — 3,21 % en 2025 — et l’absence de croissance : 1,11 %. Son PIB par habitant, 6 597 dollars, en fait l’une des économies les plus riches du continent, et l’une des plus immobiles.

Les envois de fonds, ligne de compte la plus sous-estimée

L’Égypte a reçu 41,5 milliards de dollars d’envois de fonds de ses ressortissants en 2025. Rapporté à un produit intérieur brut de 365,3 milliards, cela représente 11,4 % de l’économie. Le Nigeria en a reçu 22,8 milliards, soit 7,8 % de son PIB. Le Maroc, 13,7 milliards, soit 7,5 %.

Ces montants dépassent, pour les trois pays, ce que rapporte n’importe quel programme d’aide publique au développement. Ils ne passent par aucun ministère, ne font l’objet d’aucune conditionnalité et arrivent directement dans les ménages. Ils entrent aussi en devises, ce qui en fait la première source de financement du déficit courant égyptien. Quand une banque centrale du continent parle de ses réserves, c’est en grande partie de cet argent qu’elle parle.

L’Angola illustre l’autre bout de l’échelle : 51,7 millions de dollars reçus en 2025, sur une économie de 122 milliards. Une économie de rente pétrolière ne fabrique pas de diaspora exportatrice de devises.

Ce que les séries ne disent pas

La République démocratique du Congo affiche 5,76 % de croissance en 2025 pour une population de 112,8 millions d’habitants et un PIB par habitant de 807 dollars. Sa dernière donnée d’inflation disponible dans la série de la Banque mondiale remonte à 2016. Neuf années sans chiffre publié sur l’un des indicateurs les plus élémentaires, dans le quatrième pays le plus peuplé du continent.

Ce trou n’est pas une anomalie technique, c’est une information en soi. Il rappelle que les classements continentaux qui circulent sont construits sur des couvertures statistiques très inégales, et qu’une moyenne africaine agrège des mesures dont certaines n’existent pas.

Le point de bascule à surveiller

L’inflation nigériane est passée de 23,01 % en 2025 par le haut d’un cycle de dévaluation. La question de 2026 est de savoir si elle redescend sous 15 % sans que la croissance retombe sous 3 %. Les deux ne se sont produits ensemble que rarement dans l’histoire récente du pays. La réponse dira si la dévaluation a été un ajustement réussi ou le début d’une spirale.

Sources. Banque mondiale, indicateurs du développement dans le monde, mise à jour du 13 juillet 2026 : croissance du PIB (NY.GDP.MKTP.KD.ZG), inflation (FP.CPI.TOTL.ZG), envois de fonds reçus des travailleurs migrants (BX.TRF.PWKR.CD.DT), PIB courant (NY.GDP.MKTP.CD), PIB par habitant (NY.GDP.PCAP.CD), population (SP.POP.TOTL). Les ratios d’envois de fonds rapportés au PIB sont des calculs de la rédaction à partir des deux séries publiées. Chiffres 2025 provisoires, sujets à révision. Envois de fonds : dernière année disponible 2025 pour le Nigeria, l’Égypte, le Maroc, le Ghana et l’Angola, 2024 pour le Kenya, l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire et la Tanzanie, 2023 pour le Sénégal.

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